Expédition : aventure aux confins de la Mongolie
La Mongolie (1 566 500 kilomètres carrés) possède un territoire grand comme trois fois la France. Mais elle possède très peu de terres arables. Se situant sur un vaste plateau montagneux dont 80 % des espaces se situent à plus de 1 000 mètres d'altitude. Le pays est couvert de steppes dont l’aridité croît en allant vers le sud (désert de Gobi).
L’ensemble du pays reçoit très peu de précipitations : une moyenne annuelle de 200 à 350 mm dans le nord. Dans le désert de Gobi, certaines régions ne reçoivent aucune précipitation durant des années. Le pays se trouve généralement au cœur d'un système de hautes pressions (anticyclone) qui font que le ciel est très souvent dégagé (moyenne annuelle de 257 jours sans nuages). La Mongolie est d’ailleurs parfois surnommée “pays au ciel bleu”
Le climat est l'un des plus continentaux du globe : les températures descendent régulièrement autour de - 50 °C en hiver dans la plupart des régions et peuvent dépasser + 40 °C en été dans le désert de Gobi. Oulan-Bator est la Capitale du monde possédant la plus basse moyenne annuelle de température (-2.4 °C).
Près de 30% des 2,8 millions d'habitants sont nomades ou semi-nomades. La Mongolie a la plus faible densité de population au monde (1,7 habitants/km²). Près d'un tiers des mongoles vivent à Oulan-Bator. La religion principale est le bouddhisme tibétain.
13 aout 2009 (jour 1)
04h10, la sonnerie stridente du réveil de mon portable retentit. Je saute de mon lit sans aucun problème, malgré un sommeil agité par l'excitation du départ imminent et seulement 4h de repos derrière moi.
Ce matin nous partons, Jean-Pierre et moi, pour notre 10ème voyage de pêche ensemble ! Nous avons jeté notre dévolu, sur un troisième séjour en Mongolie. Après la Chulut et la Delgermoron, nous allons nous rendre à l'extrême nord de la Mongolie sur des rivières qui d'après les infos de l'agence sont pour ainsi dire vierges ou presque de tout pêcheurs, mis à part un séjour essai en juin et un groupe avant nous. Vu l'immensité, nous tablons sur des poissons n'ayant jamais vu la couleur d'un poisson nageur ou d'une cuillère. Je vous laisse imaginer les fantasmes que ces perspectives ont engendrés dans nos têtes !
Il est 04h35, et j'entends déjà une voiture se parquer devant ma porte !!! Bon, le café va passer à l'as on dirait. Je ne suis pas le seul à être excité pour partir. J-P et Willi notre chauffeur sont déjà là, et sans attendre, nous partons pour l'aéroport de Genève.
A l'enregistrement c'est le sketch, car nous avons 11 kilos d'excédent bagages à nous deux. Ils veulent encaisser 110 euros pour le trajet jusqu'en Allemagne. Impossible de négocier, avec Lufthansa, c'est au kilo prêt. Il n'y aura pas de cadeau de leur part. Donc je reprends ma valise, sors tous les habits et les répartis dans mon bagage à main et celui de Jean-Pierre. Notre interlocuteur, dans sa grande bonté, nous fera quand même grâce des 2 kilos excédentaires restant.
Les vols Genève – Munich – Berlin, se déroulent sans histoires et à notre arrivée, nous faisons connaissance de nos trois futurs compagnons de route devant le guichet d'enregistrement de la MIAT. Il est 11h et le check-in ouvre à midi. Nous en profitons pour aller combler un petit creux. A notre retour, mauvaise nouvelle, nos amis nous annoncent que le vol a quatre heures de retard. L'avion n'est pas encore arrivé, il est resté sur le tarmac à Moscou pour cause de problèmes techniques... Bon, ben ça se présente mal... déjà que je déteste l'avion, et que je le prends uniquement pour assouvir ma passion dévorante des voyages de tous types.
Il ne faudrait pas que le retard augmente, car nous avons une correspondance à Ulan Bator pour Moron. Surtout que si nous suivons le programme établi, il faudra déjà trois jours pour arriver sur les lieux de pêche. Là nous risquons de perdre un jour... Il nous reste à espérer que les chauffeurs voudront bien rouler de nuit pour combler le retard.
Nous récupérons chacun un bon de 10 euros pour tout dédommagement et allons nous désaltérer au bistro. Dans le groupe il y a un certain Julien, sa tête et sa manière de s'exprimer me dit quelque chose... Effectivement, c'est le rédacteur en chef de Voyages de Pêche (www.voyagesdepeche.com), et nous nous étions rencontrés lors du SAPEL à Paris en 2008. Nous avions discuté du Gabon avant que je ne me décide de m'y rendre. A première vue, il se souvient aussi de ma tronche ! Au premier abord, un gars très sympa. Pas vantard et qui a trempé son fil aux quatre coins de la planète. La suite de notre aventure, confirmera mes premières impressions.
Enfin à 20h45, après presque 11 heures d'attente et avec un retard de 7 heures, nous pouvons décoller. Ils ont retrouvé le personnel de cabine, qui avait disparu depuis l'atterrissage... Je fais ma petite prière pour que la panne technique soit correctement réparée et que nous arrivions à bon port !
14 aout 2009 (jour 2)
Atterrissage à Ulan Bator, sans gain de temps, après une escale à Moscou. Nous sommes accueillis par notre interprète Lagva et deux Mongols qui vont s'occuper de nos bagages et de l'intendance dans la capitale. Le vol interne est loupé, et nous allons nous restaurer. Nous prenons le vol de 16h30 (10h30 en Suisse) pour Moron. Arrivée à Moron 90 minutes plus tard et récupération de nos affaires.
Nous faisons la connaissance de nos deux chauffeurs, notre cuisinier ainsi que du chef de l'expédition (accessoirement propriétaire de l'agence organisatrice). Nous continuons notre voyage à bord de deux minibus russes équipés de 4 roues motrices. La pluie commence à tomber et la température est d'environ 10 degrés. Nous roulons durant 2 heures et parcourons 70 kms.
Vu notre retard, nous allons passer la nuit chez une famille d'éleveurs. L'accueil y est extrêmement chaleureux. Malgré des conditions de vie précaires, le peuple mongol est extrêmement accueillant. Ils nous offrent du thé au beurre de yack salé, de la crème de lait, deux sortes de biscuits, dont un blanc, au goût de bovin très prononcé et dur comme un caillou... il atterrira discrètement au fond de ma poche... et finira dans la steppe !
Nous en apprenons plus sur nos hôtes, et leur vie de nomade, grâce à notre interprète qui rend le dialogue possible. Malgré des saveurs dont nous n'avons pas l'habitude, ces moments partagés avec eux furent exceptionnels. Pour finir, nous dégustons notre soupe, au son de la pluie qui tambourine sur le toit de la yourte.
Vers 22h, tout le monde tombe de sommeil, après ces longues heures de voyage. Nous déballons tant bien que mal nos affaires dans la camionnette. La batterie de ma lampe de poche à rendu l'âme, ce qui ne me facilite pas la tâche pour retrouver l'essentiel utile pour cette nuit. Nous nous couchons dans notre tente igloo, avec les habits mouillés. Commence alors une longue nuit très froide. Les sacs de couchages de J-P et moi-même sont prévus pour des températures de 11 degrés. Il frise le zéro degré dehors. Nous sommes frigorifiés et les couches d'habits supplémentaires, ainsi que les imperméables sont restés dans la voiture, quelque part au fond de la valise. Au milieu de la nuit, le froid aidant, je ne dors plus, par contre j'ai la vessie qui est prête à éclater. Une pluie d'une rare violence s'abat sur notre tente. Si je mets un pied dehors, c'est l'assurance de revenir trempé jusqu'aux os et surtout de tomber malade. Je me vois donc contraint d'uriner (à l'extérieur), couché sur le côté de la tente, mais à l'abri de la pluie ! Ce qui déclenche entre Jean-Pierre et moi un fou rire mémorable, et qui est resté gravé dans la tête du reste du groupe, qui fut réveillé au son de nos éclats de voix !
Remis de nos émotions, la nuit se poursuit tant bien que mal, avec ce froid qui nous mort la peau et nous glace les membres.
15 aout 2009 (jour 3)
05h30, impossible de continuer à dormir malgré la fatigue. Nos corps sont complètement engourdis et J-P risque de perdre encore une dent à force de claquer de la mâchoire. La pluie a cessé, mais un vent sibérien souffle sur la steppe... et nous sommes en plein mois d'août !
Petit déjeuner mongol, composé de thé au beurre salé et pain tartiné à la crème de lait... De quoi caler l'estomac et affronter les rudes conditions de cette journée !
Les femmes nomades, elles sont levées depuis 04h00 du matin pour s'atteler à la tâche quotidienne de la traite. Une vie dure, menée pas ces personnes. Mais la liberté leur est offerte. Leur vie sera intense mais courte. Ils peuvent espérer atteindre 50 ans si tout va bien. Le chef de famille a 38 ans, et on lui en donnerait facilement 50, voir 60... Les enfants courent pieds nus dans le froid, et nous, nous avons besoin de 4 couches d'habits pour tenir le coup !
Nous leurs faisons nos adieux, heureux d'avoir pu partager quelques instants de leur existence tellement à l'opposé de la nôtre. Mais quelque part, si on y réfléchit bien, nous les envions. Tant d'espace et de liberté et surtout savoir encore prendre du temps pour les autres !
Nous partons à 07h00 pour une très longue route. Peu après, à une altitude de 1830 mètres, c’est-à-dire 150m de plus que notre campement : la NEIGE !
Là, un camion est planté dans un trou au milieu de la steppe blanchie. Son démarreur est en panne. Il contient une douzaine de personnes... femmes, enfants, troisième âge... une partie dans la cabine, le reste sur le pont sous la bâche ! Le tout à moitié transformé en glaçon après des heures d'attente. Je ne sais pas d'où ils viennent ni où ils vont..., peut-être une grande famille ou plutôt un chauffeur qui a prit des passagers en plus de sa cargaison.
Nous tentons vainement tous ensemble de pousser le camion hors de la cavité dans laquelle il est coincé... mais c'est quand même lourd... Surtout que la cabine est encore remplie de Mongols !
Décision est prise de câbler le camion avec un de nos véhicules. On pousse côté cabine et la camionnette tire de l'autre. Après de gros efforts, il sort de son trou ! Reste à le repousser dans l'autre sens en espérant qu'il démarre ! Et... nous y arrivons, accompagné par un tonnerre d'applaudissements des femmes et leurs beaux sourires. Ce qui vaut plus que toutes les récompenses du monde !
Nous poursuivons notre route sur une piste défoncée et enneigée. Rapidement leurs signes de la main en guise d'au revoir, ne seront plus que de petits points à l'horizon.
Nous traversons des paysages de rêve, que ni l'écriture, ni la photo ne peuvent décrire, tant ils sont magnifiques.
Les chauffeurs tel des acrobates nous emmènent à travers ces somptueux décors, ponctués par quelques arrêts photos ou batailles de boules de neige ! Quoi de mieux pour faire connaissance et briser la glace que de retomber un peu en enfance !
Nous passons un col situé légèrement au dessus de 2000m et redescendons de l'autre côté.
Peu à peu, nous retrouvons la verdure et nous nous arrêtons pour le dîner à la lisière d'une forêt, sur le territoire des Darkhads. C'est de cette ethnie que provient la majorité de leurs chamans. Cette région est sacrée.
Pas le temps de digérer que notre expédition se remet déjà en branle au son de superbes chants lyriques mongols, mais les affaires vont se corser... Il y a un très grand nombre de gués à franchir. Dont sept étaient qualifiés de critiques d'après mes souvenirs. Arrivés au premier, nous constatons que la rivière est tout sauf cristalline et que ses eaux sont hautes et fortes. Le premier véhicule passe sur la berge opposée, non sans mal, mais il est au sec. Fini de rire, maintenant c'est notre tour... la camionnette s'arrête et cale en plein courant... On n'arrive plus avancer, ni reculer... On n'est pas au mieux. Jean-Pierre ne sait pas nager en plus..., de ce fait je commence un peu à stresser. Seule solution : accrocher un câble à l'avant et tenter de s'extirper de ce bourbier en nous faisant tracter par l'autre fourgonnette. Après de longues minutes de sueurs froides, nous nous retrouvons les pieds au sec et nous sautons en bas du véhicule... histoire d'être sur la terre ferme ! Mauvaise surprise, car nous nous rendons rapidement compte que nous sommes sur une île ! Devant nous une autre rivière encore plus puissante coule...
Je pense que personne du groupe n'est vraiment rassuré, ni les accompagnants, et surtout pas le chef, qui est très inquiet pour notre sécurité, ainsi que pour la poursuite de notre voyage. Les choses sont simples, soit on passe, si possible vivants..., soit c'est marche arrière et ciao bello !
Jamba envoie un chauffeur et le cuisinier tester à pied la profondeur du gué. D'après eux c'est OK, ça va passer... A nouveau le premier véhicule arrive de l'autre côté, par on ne sait quel miracle, car ce fut vraiment très impressionnant à voir : la dérive, puis la sortie de l'eau, avec la camionnette qui penche, qui penche... mais ne se renverse pas ! Du grand art !
Et bien, c'est à nous ! On monte à bord, peu rassurés, et avec une petite boule au ventre... la traversée commence, et au beau milieu... TERMINE !!! Le moteur est arrêté et une fumée épaisse et nauséabonde remplit tout l'habitacle. On n'est pas bien, voir mal. Nous sommes comme des cons plantés là au milieu avec armes et bagages. Le courant fait pression sur le véhicule et l'eau en est presque à lécher les vitres. La voiture penche et franchement, on n'est pas trop rassurés sur notre avenir... C'est un peu la panique à bord, mais nous sommes impuissants pour remédier à la situation. En plus, la porte de sortie est du mauvais côté... c’est-à-dire celui où le courant arrive... Les ordres fusent et le cuisinier est encore désigné volontaire pour retourner à l'eau et crocher le câble. Il y a quand même un fort risque que notre camionnette se retourne. En prévision, nous avons pris nos passeports et l'argent sur nous. Pour le reste... inchallah...
Mais tout ira bien, et grâce à nos fantastiques chauffeurs, nous sortirons entiers de ce mauvais pas ! Tremblants, mais soulagés ! Le boss exulte, il est fou de joie !!! Il nous donne même une franche accolade ! On l'a échappé belle ! Quelques centimètres d'eau en plus et nous ne passions plus ou pire, y serions toujours !
Il nous reste cinq grandes rivières à traverser. Elles se passeront sans problème majeur à signaler.
Mis à part qu'il a fallu enlever l'alternateur et protéger les bougies avec un chiffon pour traverser le dernier cours d'eau. Nous sommes aguerris maintenant ! Au bout du dernier gué, Jamba tombe à genoux dans l'herbe et remercie le ciel que tout le monde soit sain et sauf. Une image forte, qui me fit penser que c'était quand même limite ce que nous avons fait...
Nous arrivons enfin au Lodge des Tsaatans, situé à 1500 mètres d'altitude après 13 heures de trajet !!! Inutile de préciser que tout le monde est soulagé et crevé ! Les yourtes sont prévues pour 3 personnes, mais c'est bien trop petit. Elles sont de taille plus réduite que les yourtes traditionnelles. Heureusement nous ne serons que deux à y dormir ! Petite douche, souper et au lit à 23h00.
16 aout 2009 (jour 4)
A 06h00, nous n'arrivons plus à dormir, mais nous restons une heure à larver au lit. Le petit déjeuner étant prévu pour 08h30, et le départ à la pêche à 09h30. Nous allons pêcher la Sharga, située à une altitude d'environ 1500m et réputée pour contenir de très gros taïmens, des ombres et quelques truites. Une grosse et large rivière qui pourrait rappeler par sa taille les rivières d'Alaska, mais avec un courant moins puissant. Pas un poste marqué, pas un rocher dans l'eau, rien. Elle serpente tranquillement entre ses rives érodées et instables. Ce n'est pas un type de cours d'eau que j'apprécie particulièrement. Cela se confirme, avec une matinée bredouille, malgré 3 touches. Jean-Pierre fera deux taïmens
et Patrice un à la mouche.
Nous retournons au camp pour le dîner. L'après-midi sera consacrée à pêcher un autre secteur de cette même rivière. J'y peigne le confluent d'un cours d'eau qui s'y jette pendant environ nonante minutes, sans une seule touche. Malgré que le chef m'ait fortement conseillé ce tronçon. J'entends encore maintenant dans ma tête la phrase fétiche de Jamba : « test – test – taïmen » !
Las, je vais rejoindre J-P et André, notre copain belge.
Le vent se lève, accompagné de la pluie. Ma tresse fait des siennes et je m'énerve à couper et à refaire mon montage. C'est (forcément...) durant ce laps de temps qu'André à une énorme touche avec un Rapala Minnow Spoon.
Après une superbe bataille, c'est au quatrième essai, que Jamba complètement éclaboussé réussira à sortir de l'eau un superbe taïmen de 1m25 !!! Notre Belge est aux anges et super excité ! Mais qui ne le serait pas à sa place ?
Nous concluons notre journée, avec pour ma part un zéro pointé.
C'est l'horreur, après trois jours de voyages extrêmement pénibles, je me prends ma première bredouille en Mongolie. Il en sera de même pour Julien. Espérons que demain soit meilleur... De toute manière, ce ne peut pas être pire.
La journée se termine autour d'une Vodka, histoire de fêter dignement ce superbe poisson ! Bravo André !
17 aout 2009 (jour 5)
Au petit déjeuner ce matin, Lagva nous explique que Jamba est Chrétien Evangéliste. Elle nous dit aussi qu'il n'aime pas (entre autre) les animistes et les bouddhistes, qui sont les deux religions les plus représentées en Mongolie. Lagva n'est pas trop dans ses papiers au niveau religion, vu qu'elle est... athée ! Et comme ils dorment dans la même yourte, il tente de la convertir… mais sans succès ! Nous avions effectivement constaté sa ferveur à lire la bible dès que possible (au bord de l'eau ou à table), faire sa prière avant chaque repas ou encore écouter des versets bibliques sur son MP3. Dommage qu'il soit extrémiste et peu tolérant face aux autres religions. Nous partons pour une journée complète sur les bords de la Sharga. En cours de route, nous nous arrêtons à une yourte, dans laquelle, hospitalité mongole oblige, nous nous verrons offrir du thé et des biscuits. Nous passons un merveilleux moment en leur compagnie. Même si ce n'est pas de la pêche, ces instants privilégiés, sont uniques et participent à la réussite du séjour.
Nous poursuivons notre route pour aller pêcher un parcours situé un peu en dessous du lieu où vivaient les nomades.
Toujours cette immense rivière, qui charrie énormément d'eau. Beaucoup plus que la moyenne habituelle pour la saison. Rien. Sur cinq pêcheurs pas une touche ! A l'heure du dîner nous avons le droit chacun à deux barquettes de nourriture. Bien que nous ayons tous faim, la quantité est bien trop grande pour nos estomacs ! Enfin, mieux vaut un peu trop que pas assez.
Il est décidé d'un commun accord de changer de secteur... Malgré des milliers de lancers, J-P, André et moi, n'auront pas une seule touche.
Julien, aura plus de chance, il fera son premier taïmen.
Je rentre capo pour le deuxième jour d'affilée. J'avoue que je commence à en avoir un peu raz la patate.
Après le souper, je fais une bataille navale avec Lagva. Si elle perd, elle devra monter à cheval (ce qu'elle ne sait pas faire, le comble pour une Mongole !), si c'est moi qui perd, je devrais travailler en cuisine demain soir... forcément c'est moi qui... coule !
18 aout 2009 (jour 6)
Départ prévu de la « caravane » pour rejoindre les rivières Shishigt (ou Shishkhed autrement traduit) et Tengis. Nous partons à 09h25, une fois que les camionnettes sont chargées avec la nourriture, les boissons et le matériel de cuisine. La piste est en bon état et le voyage est presque confortable.
Tout se passe bien jusqu'à ce que nous arrivions en lisière de forêt devant une forte montée située au pied d'une montagne. La piste est recouverte de boue et de l'eau s'écoule tout le long de la pente, formant de profondes rainures. Nous sortons tous des véhicules pour laisser les chauffeurs tenter la «montée impossible ».
La première camionnette à s'engager, reste très rapidement complètement embourbée. Il faut la ressortir à l'aide du câble et du second fourgon. S'ensuivent des manœuvres de corps d'armée, avec embourbement et tentatives de passages par la gauche ou la droite de l'obstacle.
Il faut pousser, tirer, manœuvrer... les véhicules se plantent dans la boue, ce mettent de travers, mais en ressortent à chaque fois par miracle et à la force de nos bras et grâce aux chauffeurs qui sont de très haut niveau.
On frise « l'horreur ». Nos pieds sont mouillés, nos habits et nos cheveux couverts de boue. Sans parler de Jamba qui est dans tous ses états...
Malgré cela, nous en sommes toujours au point de départ... Mais une nouvelle idée est mise en avant : empiler des troncs d'arbres morts et des branches ramassées ça et là, puis déposer le tout sur les endroits les plus boueux, histoire de faire un tapis. On y va tous de bon cœur avec une forte envie d'arriver à ces rivières fabuleuses et poissonneuses qui nous sont promises. Mais surtout ne pas retourner sur la Sharga !!! Les Mongols, bâtis comme des lutteurs (la lutte étant leur sport national), portent à eux seuls des troncs de plus de 50 ou 60 kg... pour nous c'est un peu moins... ! André et Patrice, décident de couper à la hache un petit mélèze ou plutôt une repousse depuis le tronc d'un mélèze. Lhagva, ne l'entend pas de cette oreille, mais alors pas du tout... Elle essaye vainement de les empêcher de couper un arbre vivant. Comme elle dit « ça fait mal » ! Mais nos deux bûcherons en herbe, font la sourde oreille... Et notre interprète fétiche, se met à bouder... très fâchée la petite ! Et rien ni personne ne peux la consoler !
C'est l'heure de vérité : le premier véhicule s'engage... et passe avec beaucoup de peine, mais il arrive à surmonter l'obstacle !!! Même scénario pour le deuxième ! Hourra ! Nous y sommes arrivés !
On a perdu presque deux heures, mais grâce à nos as du volant, la portion critique est derrière nous ! Il n'y aura pas de retour anticipé au camp de base ! Ils continueront environ 1 km sans nous, pour être certain d'arriver au bout de ce passage difficile. L'eau ruisselle tout le long du parcours et la terre est fortement imbibée d'eau. Tout le groupe suit la piste, mis à part Lhagva qui fait toujours la tête. Elle ne se rend pas compte qu'elle s'enfonce dans la végétation et qu'elle ne va pas tarder à complètement se perdre. Tout ça pour éviter à tout prix de continuer à mouiller ses petites chaussures de ville, d'une belle couleur rose… Ils sont pourtant déjà dans un état pitoyable. Heureusement pour elle que je vais la récupérer, et la ramène à notre point de départ, pour reprendre ensemble le chemin correct et rejoindre le reste de la troupe qui nous attend sagement. Sans ça, je crois qu'à l'heure où j'écris ces lignes, elle serait encore entrain d'errer dans les profondeurs sans fin de la forêt mongole...
Nous reprenons notre « route » qui se poursuit sans accro jusqu'au camp.
Nous logerons dans des cabanes, faites avec des rondins de bois et qui ont la forme... de yourtes ! C'est le terminus de la piste. Nous nous trouvons à l'extrême nord de la Mongolie, à 40 km de la Russie. Le bout restant s'effectue à pied ou à cheval ! La Shishigt coule juste en dessous à une altitude d'environ 1700m. La rivière est calme, très large et remplie d'herbiers qui viennent effleurer la surface du cours d'eau. La pêche au lancer y est impossible sur cette portion, même avec des leurres de surface.
Après le dîner, nous partons pour la Tengis (affluent de la Shishigt) qui est située à cinq minutes de voiture du camp. Une rivière d'environ trente mètres de large avec un gros débit d'eau, dû en partie aux pluies et à la fonte de la neige tombée ces derniers jours. Beaucoup d'ombres sont piqués, particulièrement au streamer par Julien.
Pour ma part, j'en ferais quatre à la Mepps longue No 3. Je regrette d'avoir laissé ma canne à mouche dans son tube !
A notre retour au camp, je dois payer ma dette et m'en vais en cuisine, où l'on m'engage pour faire des beignets de viande. Mon rôle consistant à rouler la pâte. Après une petite heure, je me fais expulser...
trop lent ! Bon c'est normal pour un Suisse...
Souper et au lit, complètement crevé de cette longue journée.
19 aout 2009 (jour 7)
Journée trek – ombres et moucherons :
9h départ pour la rivière Tengis. Nous avons une grosse journée qui se prépare avec environ dix kilomètres de marche à pieds devant nous.
La rivière est toujours forte et nous montons vers l'amont.
En cours de route, chacun s'arrête plus ou moins en fonction de ce que sa condition physique lui permet de supporter. Je monte haut sur le parcours, devancé par Patrice et fais plusieurs ombres à la cuillère Mepps Aglia longue no3. Pour le dîner je m'arrête au milieu d'arbres brûlés, aux pieds desquels poussent de magnifiques fleurs violettes. C'est idyllique de voir la vie renaître au milieu des cendres et de la désolation.
Je croise Patrice qui a pris une grosse truite à la mouche et me décide à continuer de monter la rivière en espérant prendre une lenok ou un taïmen. Pour le moment, j'ai pris des ombres, dont un de 45 cm, mais pas un seul des poissons que je suis venu chercher si haut et surtout, si loin ! Je marche sur les cailloux qui forment la bordure de la rive, à travers une nature superbe et luxuriante, mais cela devient de plus en plus difficile d'avancer. Jamba me suit et lit tranquillement sa bible ou dort au bord de l'eau. Mais je dois me rendre à l'évidence... Après plusieurs heures de marche, je commence à être sérieusement fatigué, mais surtout, je prends conscience que j'ai beau remonter le plus haut possible, pêcher avec de gros leurres et ratisser les postes supposés contenir une truite ou un huchon, j'ai peu de chance de faire autre chose que des ombres. Je décide donc de faire demi-tour.
Ce qui est surtout dommage, c'est que le matériel que j'utilise est inadapté pour les ombres et les sensations ne sont pas au rendez-vous. La défense de ce poisson étant trop faible par rapport à la puissance de la canne et la résistance de la tresse. Je continue donc à longer la rivière, en pêchant quelques jolis postes qui pourraient cacher de gros poissons ! En vain...
Il faut pêcher les bordures au lancer léger avec une petite cuillère no3 noire ou à la nymphe pour faire un maximum de poissons et prendre du plaisir. Ceux qui ont opté pour une de ces méthodes, feront plusieurs dizaines d'ombres. Plus de cinquante à la cuillère pour Jean-Pierre.
Personnellement, je me suis entêté à pêcher avec de grosses cuillères quitte à ne pas faire un score mirobolant, mais dans l'espoir de toucher du huchon ou une grosse truite. Au final que des ombres…
A 18h je plie bagage, épuisé par ces longues heures de marche. Je fais un feu avec Jean-Pierre et André, en attendant la voiture prévue à 19h30. La fumée, étant le seul moyen pour tenir à distance les moucherons qui nous rentrent dans la bouche, le nez et les oreilles. Ils nous font vivre un enfer depuis le début de la journée !
Retour au camp, raz le bol des ombres pour tout le groupe qui commence gentiment à la trouver saumâtre. Tout le monde veut des poissons plus gros et plus combatifs, ce pour quoi ils sont venus somme toute.
Au menu ce soir : beignets d'ombres et morilles ramassées par le chef qui finiront frites à la poêle... Y a mieux pour cuire des champignons... Je lui expliquerai demain comment on cuisine des morilles en Europe. Je ne suis vraiment pas difficile pour la nourriture, mais là, c'est vraiment du gâchis...
20 aout 2009 (jour
Pour cette journée, nous allons pêcher la Shishigt et l'un des ses affluents. J'espère attraper une lenok et pourquoi pas, enfin mon premier taïmen du séjour ! Jamba est persuadé que je vais faire des truites, si ce n'est pas le cas, il plongera dans la rivière entièrement habillé ! Nous partons vers 09h30 et traversons le cours d'eau avec un bateau gonflable.
Une fois arrivés sur l'autre rive, nous marchons une bonne quarantaine de minutes à travers la forêt, pour arriver au bord d'une petite et très belle rivière ! Elle a l'air bien prometteuse ! Mais une fois de plus la déception est au rendez-vous... Un ombre pour Jean-Pierre et un pour André.
Rien pour nous autres. Jamba me propose de rejoindre directement la jonction des deux rivières. La Shishigt est haute et à l'endroit où nous sommes, le courant le long de la rive est très puissant. Je n'y ferais rien.
Je me décide de remonter la petite rivière, et la peigne durant une heure. Je ferais un ombre de 43 cm et décrocherais une belle truite à la Mepps XD no 2.
Après avoir mangé, j'ai peu de motivation pour repartir. En plus, je me rends compte que mes waders se sont percés (pour la deuxième fois du séjour !) durant la marche dans la forêt, certainement quand nous étions entre les arbres brûlés. Grâce à André, et sa colle... à dentier, je répare le tout. Nous décidons avec J-P de remonter la Shishigt en direction du camp aux alentours de 14h00. La rivière a l'air en amont plus large et le courant moins puissant. André se joint à nous, mais après une dizaine de minutes il renonce, car le terrain devient trop difficile pour lui et il a mal à sa hanche.
Rapidement je touche un beau poisson à la Mepps Aglia longue no 4 dorée qui malheureusement se décroche. Le lit de la rivière est extrêmement glissant, les cailloux étant recouverts de fines algues. On se croirait sur une patinoire. La progression y est très difficile et il serait à la limite préférable et plus prudent de remonter le talus, pour marcher dans la forêt très dense, puis redescendre plus loin et reprendre la pêche. Mais on risque de cette manière de louper de jolis postes. Je choisis les cailloux et mon compagnon de galère la forêt. Je m'arrête dans un coin avec un gros rocher au milieu de l'eau et derrière forcément un beau contre courant... Je lance ma cuillère plein d'espoir et boum ! ENFIN un candidat sérieux ! Il part dans le puissant courant, me gratifie de plusieurs superbes chandelles puis va se planter dans les herbiers du bord... J'ai peur de le perdre, surtout que cela risque d'être mon premier et dernier taïmen de ce séjour. Mon cœur bat la chamade, mais finalement j'arrive à l'amener à mes pieds et Jean-Pierre le saisi hors de l'eau. Petite séance photo, avec quelques difficultés, car il est très vigoureux. Pourtant, je l'oxygènerais durant de longues minutes avant qu'il ne reparte comme une flèche d'un coup dans sa fosse.
Nous continuons à longer la rivière, mais cela devient de plus en plus pénible. La progression est lente, difficile et dangereuse. Les cailloux sont comme des savonnettes et à chaque pas, nous risquons de passer au bouillon ou nous briser les os. Par la forêt, ce n'est pas mieux. C'est une véritable jungle composée de troncs morts couchés les uns sur les autres, d'arbres brûlés et de hautes herbes. On ne sait pas où l'on met le pied et les chutes sont fréquentes. Jean-Pierre choisit d'arrêter la pêche et remonte le talus.
Je continue mon activité, mais ne touche plus rien. Je n'arrive presque plus à progresser, l'eau devenant de plus en plus profonde en bordure. Je me vois également contraint à monter la colline et rentrer via la forêt. C'est pire que le parcours du combattant pour arriver au sommet de cette forte pente et je me demande bien qu'est ce que je suis venu faire dans cette galère ! En plus je suis seul et une fois en haut, il me faut encore faire bien attention de ne pas perdre la rivière de vue, car si non c'est moi qui serais paumé ! J'essaye de suivre les sentiers d'herbes couchées par les animaux, ce qui facilite ma progression. Il y a des milliers de moustiques et de moucherons. Je suis bouffé. Ils pénètrent partout, dans le nez, les oreilles, le col... C'est infernal ! Il ne faut surtout pas que je m'arrête de marcher, si non avec la transpiration... j'ai testé une fois pour démêler mon fil qui était entortillé dans ma canne... ce sera l'unique fois ! Quand je pense que j'ai laissé ma lotion anti-moustiques au camp de base... pensant qu'elle était inutile. Belle connerie ça !
Je rattrape Jean-Pierre et après plus d'une heure de marche dans cet enfer vert, nous arrivons en face du camp.
En cours de route, nous apercevons sur l'autre rive, deux pêcheurs qui ne sont pas de notre groupe ! Faut croire que nous ne sommes pas les seuls par là... !!!
Dans le champ à proximité duquel nous attendons, des nomades passent leurs journées à couper à la main et à entasser des hautes herbes en prévision de l'hiver. Dur métier ! Rapidement nos chauffeurs nous voient et viennent nous chercher avec le bateau pour nous faire traverser la rivière. Julien et Patrice rentreront après nous. Ils avaient choisi l'option de descendre la rivière depuis la jonction. Bingo ! Julien a cartonné, faisant deux taïmens et de grosses lenoks au Lucky Craft B'Freeze Pointer coulant coloris « guêpe ». Bravo !
21 aout 2009 (jour 9)
Ce matin, le groupe se sépare... Pour Patrice, le chef ainsi que moi-même, le programme sera de retraverser la rivière en bateau et aller au courant fétiche dans lequel Julien a fait ses exploits hier. Les autres eux (pensant marcher moins, mais à tort...), veulent explorer la rive droite, qu'ils rejoindront en passant avec un bac manuel par-dessus la Tengis. Nous faisons un détour pour éviter la partie la plus dense de la forêt ainsi que ses charmants moustiques et autres féroces mouches qui nous saignent à vif.
Pour atteindre le poste, il nous faut traverser l'affluent de la Shishigt dont le nom m'est inconnu, mais que nous avions pêché le jour précédent. Le courant y est assez fort et nous nous accrochons tous les trois par les épaules pour avoir un meilleur équilibre et ne pas passer au bouillon. Pour Patrice et moi avec les waders tout va bien, vu que l'eau monte presque jusqu'à la taille. Jamba lui est un peu plus petit et en cuissardes... ! Il remplit ses bottes d'eau et hurle à la mort quand ses parties intimes sont touchées ! Nous, on est plié de rire, tellement il est comique !
La marche se poursuit encore un peu et nous arrivons tout transpirant, mais plein d'espoir sur le fameux poste ! Le coup est très joli, mais à deux... on ne pourra pas le pêcher. Je laisse la priorité à Patrice qui se plante dedans à la mouche.
Pour ma part, je descends explorer l'aval de la rivière. Après plus d'une heure de marche, je suis résigné. J'ai rencontré les deux russes aperçus hier qui sont bredouilles. Pour ma part, une seule petite lenok prise au leurre Jackson blanc à mon compteur. Cette grande rivière au courant puissant n'est pas facile à pêcher. Je suis tout de même un peu dégoûté et je remonte à mon point de départ pour manger mon pique-nique. Patrice me rejoint, il a loupé une truite et c'est tout. Par contre en face... nous apercevons André et Julien qui cartonnent et se prennent mutuellement en photo...
Dire qu'à ce moment là, je suis jaloux et vert de rage... ne serait pas un mensonge ! Julien était trop fatigué ce matin pour retourner sur ce poste... et apparemment, il a bien fait !
Après nous être rassasié, Patrice va faire une sieste et moi j'en profite pour aller exploiter cette coulée qui est effectivement très belle et prometteuse ! Un énorme bloc, suivi d'un grand contre courant et en dessus plusieurs rochers plus petits qui pointent à fleur d'eau. L'espoir revient et je m'y lance tout excité. De plus on peut entrer dans l'eau un bon bout, le courant principal étant à cet endroit bien plus éloigné de la rive. Je vais y faire quatre lenoks avec un Rapala coulant de 6 cm couleur truite. Puis je change pour mettre un Yo Zuri sinking et après une jolie bagarre, j'échoue sur un banc de gravier, une belle lenok de 55 cm.
Lors de mes deux précédents séjours en Mongolie, une truite de cette taille était courante, pour ne pas dire la moyenne des prises. Mais ici, c'est une autre paire de manche et cette capture me ravit ! Je refais une fois encore le poste, mais n'ayant plus de touche, je cède le terrain de jeu à mon compagnon et je descends en aval. Sans succès. Je retourne sur le poste « miracle », car Patrice n'y est plus. Il est entrain de redescendre le long de la berge pour aller se reposer. Je monte la rivière et la peigne sur 200 mètres, avec comme seul résultat une truite touchée presque d'entrée, mais ensuite plus rien. Je décide donc de faire la descente une ultime fois, avant de plier bagages, car nous devons partir à 17h30 et il est 16h45. Je décide de commencer ma prospection plus en amont que d'habitude. Vingt mètres plus bas, je lance en plein courant. Mon Yo Zuri, fait un arc de cercle et termine sa dérive le long de la berge à environ trois mètres de la bordure. Le courant y est assez fort et il y a du fond. Je le ramène tranquillement et le sent travailler dans ma canne... mais sans grand espoir. Contre toute attente, c'est la grosse touche ! Je ferre comme un malade. Le poisson me prend du fil et dévale dans le courant. Je me rends tout de suite compte que c'est un taïmen et pas un petit. C'est LE poisson à ne pas perdre ! J'essaye de l'empêcher de partir trop loin dans le courant pour rejoindre le centre de la rivière, car là c'est certain, il sera perdu. Il ne faut pas non plus que je le bride trop, car je crains de casser la tresse ou ouvrir les hameçons. Bien que j'aie pris soin de les changer pour des Owners ST 21, suite à des expériences malheureuses ils y a quelques années sur des huchons avec les triples d'origines des Yo Zuri. Je descends le long de la rive à la poursuite de mon spécimen, tout en gueulant : « Jamba » ! Je veux l'aviser qu'il y a des photos à faire ! Mais mes cris se perdent dans les montagnes mongoles. Il dort profondément... Heureusement Patrice lui se réveille. Par contre mon poisson part dans une veine d'eau et va rejoindre le courant principal au centre de la rivière. Et m*r*e, exactement ce que je ne voulais pas. Je serre mon frein et le bride. Après une dizaine de minutes, je l'échoue sur le gravier environ 150 mètres plus bas d'où je l'ai ferré et Patrice le prend en main.
Je suis fou de joie, mon cœur bas à 100 à l'heure et je tremble de partout. ENFIN un gros taïmen !
Il a sauvé sans le savoir et contre son gré, mon séjour ! Le poisson c'est enroulé dans le bas de ligne, ce qui est typique pour cette espèce de poisson. Toutes les branches des deux triples sont ouvertes sauf une...
OUF ! Il fait 1m15 pour environ 14 à 15 kilos. C'est le plus gros Taïmen de ma vie je pense. Quel bol ! Notre guide est enfin réveillé et les photos fusent !
Après avoir repris mon souffle, je fais une ultime descente sur cette rivière. C'est là que Patrice à son tour fait alors un beau spécimen du mètre à la mouche sur une souris ! Une superbe bagarre s'en suit et il est échoué.
La pêche est finie. Nous sommes tous les deux heureux et c'est le sourire aux lèvres, avec le sentiment du devoir accompli que nous quittons avec regrets cette rivière qui commençait juste à se donner à nous.
A nouveau de grands éclats de rire quand nous traversons l'affluent et que Jamba se met en petite culotte pour éviter de remplir ses cuissardes. Mais malheureusement pour lui, son entre-jambe est une fois encore refroidi... et ses cris résonnent dans toute la contrée ! En plus je ne peux plus le regarder sans avoir un fou rire, car sa lèvre inférieure a triplé de volume suite à une piqûre (lorsqu'il photographiait mon taïmen) d'une sorte de mouche qui pond ses œufs sous la peau. A première vue il fait des réactions plus fortes que la normale. A nous, cela nous engendrait une petite croûte et de violentes démangeaisons.
L'heure est grave, nous devons traverser la forêt infestée de moustiques. Jamba sort de son sac, une vieille bonbonne toute rouillée de lotion anti-moustiques que nous nous étalons sur le visage et les mains. Elle est étonnement assez efficace ! Nous faisons à nouveau un détour pour ne pas être trop au cœur de la forêt. Mine de rien, on se perd un peu et nous ressortons bien trop haut sur la rivière.
Mais « grâce » à ça, nous « levons » cinq grands tétras, mâles et femelles qui se reposaient ni vu ni connu dans les hautes herbes. Notre approche les ayants dérangés, ils s'envolent en nous offrant un spectacle court, mais de toute beauté ! Les chauffeurs nous récupèrent pour la traversée et nous rejoignons nos compagnons sur la rive opposée. Ils nous attendent sagement, accoudés à la barrière, une bière à la main.
André et Julien postés toute la journée sur leur îlot ont cartonné et fait entre autre une grosse lenok et deux taïmens. Jean-Pierre ne pouvant accéder à l'île en cuissardes, a continué à descendre sur deux kilomètres la rivière jusqu'à atteindre une paroi de falaises. Il y touchera deux énormes huchons, dont un lui cassera la ligne sur un rush. Le second sera amené jusqu'à la rive. Cette dernière étant surélevée, J-P se mit à plat ventre et tenta de le lever à l'aide du bas de ligne... cassé ! Il fera également de belles truites et quelques uns de ses ombres fétiches.
Toute l'équipe a passé une excellente journée, la meilleure de ce séjour. Enfin la pêche devient correcte et nous avons trouvé des postes intéressants. Malheureusement, demain nous devrons partir... Vraiment ça agace tout le monde. Le potentiel de cette rivière doit être énorme quand les eaux sont à leur niveau normal. De quoi hanter nos nuits pour quelques temps....
De plus, il faudrait avoir un bateau pour descendre la rivière et explorer les meilleurs postes. Car quelque soit la rive, il y a environ une heure de marche pour y aller et... une heure de perdue au retour sans pêcher !
PIAM, aurait l'intention de mettre des embarcations en 2010. A surveiller pour une éventuelle prochaine fois !
22 aout 2009 (jour 10)
09h30, les voitures sont chargées et nous quittons à regret cette rivière qui commençait tout juste à se donner à nous en dévoilant son fabuleux potentiel. Derrière, nous laissons un groupe de russes, arrivés dans la nuit, des spécialistes du taïmen et leurs leurres imitation souris assez exceptionnels.
Ils ont des bateaux pneumatiques pour descendre la rivière. Ils pourront de cette manière certainement explorer des postes fantastiques et inaccessibles autrement.
La piste est presque complètement sèche et ceci sur sa totalité. Mis à part un ou deux passages périlleux et la descente d'une colline qui ressemble à une piste noire de ski (nous la ferons à pieds), mais qui rendra fou de joie les chauffeurs.
En deux heures le trajet est fait. Une bonne douche en arrivant, après cinq jours sans sanitaire, ça fait du bien !
Après le dîner, le ciel nous tombe sur la tête ! Nous allons trouver refuge sous les yourtes, mais la nôtre a de fortes fuites !!! Comme je suis le roi de la bricole, en voulant détacher la corde qui permet de tirer la bâche et fermer complètement le toit, je détache la mauvaise... Bref, j'aggrave la chose et Jean-Pierre a maintenant son lit mouillé. Il ne nous reste plus qu'à attendre le retour du soleil, ce qui ne saurait tarder !
Nous partons à la pêche et descendons la Sharga depuis le camp. Je ratisse la rivière et de superbes fosses.
Je remonte un bras qui s'y jette et pêche deux lacs. Leurres de surface ou de fond, RIEN !
Idem pour tout le reste de l'équipe... mise à part Julien, qui sort son épingle du jeu et fait un taïmen au stickbait.
Lors du souper, Jamba nous annonce, qu'il veut partir un jour avant, car il craint l'état des pistes, et le risque de louper l'avion. La majorité n'étant pas d'accord, il revient sur sa décision. Je sens que le chef, qui est un angoissé permanent, ne va pas en dormir de la nuit... En discutant avec Lhagva, elle me dit qu'elle vient d'apprendre qu'elle devra faire le trajet Moron – Ulan Bator en bus. Un trajet de plus de 20h... Je me demande si Jamba n'a pas du payer pour nous les deux jours supplémentaires au bord de la Shishigt (200 dollars) et qu'il n'a plus d'argent pour le billet de retour de la traductrice. Car, sur le programme que nous avions reçu c'était prévu 4 nuits mais d'après lui ce ne sont que deux... tout du moins dans les cabanons, le reste devant se faire sous tente. En tout cas, il n'a pas osé nous demander un supplément. Je vais voir avec les autres si on peut se cotiser pour payer le billet d'avion de la petite.
La soirée se termine pour moi dans la yourte des chauffeurs et du cuisinier avec Jamba et Lhagva. On discute, on rigole et nous regardons les photos du camp précédent, de leurs familles et de la « secte Immanuel » sur le PC portable du chef. Extinction des feux vers minuit.
23 aout 2009 (jour 11)
A 08h30 je me réveille et il pleut des cordes. La yourte et le lit de Jean-Pierre sont mouillés. Bonne ambiance...
Julien et Patrice de leur côté sont déjà partis tôt ce matin à la pêche.
Patrice qui pêche exclusivement à la mouche, ne fera rien. Par contre, son acolyte, profitant de belles chasses, fera lui deux taïmens au stick-bait ! Il est trop fort ce rédacteur en chef !
La pluie se calme et nous décidons d'aller tenter notre chance. André aura quatre attaques de poissons sans suite. Julien encore un taïmen toujours au stick-bait dans sa fosse fétiche! Jean-Pierre et moi que dalle...
Je commence gentiment à en avoir plein les bottes de lancer dans ce que j'ai l'impression d'être une baignoire et je rentre au camp pour faire la corvée des cartes postales.
Des éleveurs amènent un mouton commandé par André et payé... 18 euros. Notre chauffeur le tue et se met à le découper. Rien n'est perdu, tout est bon dans le mouton : les boyaux, les pieds, le sang et même la tête sont récupérés.
Après la sieste, départ pour le coup du soir. Comme d'habitude et cette fois pour nous cinq, c'est une cinglante bredouille. Tout le monde rentre au camp et salive en pensant au bon gigot ou aux belles côtelettes grillées qu'on va déguster ce soir. Personne ne voulant me croire que chez les Mongols, la viande ne doit pas toucher le feu qui est sacré. La méthode est la suivante : Sur le brasier est mise une boille à lait. A l'intérieur, posées sur le fond, des pierres chauffées dans la braise, et par dessus les morceaux de viande. Le groupe n'est pas vraiment content à table du résultat... Moi je trouve ça délicieux !
A la fin de ce « festin », Jamba nous annonce que cette fois c'est décidé, nous lèverons tout de même le camp demain. C’est-à-dire avec un jour d'avance sur le programme prévu. Il a peur de retraverser les rivières que nous avions empruntées à l'aller et veut de ce fait, faire un détour de huitante kilomètres avec deux nuits sous tentes au lieu d'une seule. Nous pourrons normalement pêcher la fameuse Delgermoron, ma rivière fétiche... Si l'état de la piste nous permet d'y arriver assez tôt...
24 aout 2009 (jour 12)
Jean-Pierre et moi faisons la grasse matinée jusqu'à 07h30. Le reste du groupe est parti faire le coup du matin... pour rien.
Je me renseigne auprès de Jamba pour le billet d'avion de Lhagva. Il est enchanté par mon idée. Malheureusement, il n'arrive pas à atteindre son contact à Ulan Bator.
Petit déjeuner, bouclement des bagages et départ pour un long, très long voyage. La Sharga, ne m'aura vraiment pas inspirée, ni réussie. Je n'aurais pas sorti un seul poisson de ses eaux. J'aurais dû, pour mettre plus de chances de mon côté, faire comme Julien des centaines de lancers dans la même fosse, dans l'espoir d'avoir une touche. Mais j'ai de gros problèmes à tenir en place au même endroit sur une rivière. Il faut que je bouge et que je marche. Ce qui n'était pas la bonne méthode sur ce cours d'eau, très large, avec peu de postes marqués.
Départ peu après 10h00.
Arrêt pour le dîner au bord d'une très jolie rivière, qui je pense doit être « infestée » de lenoks. Dommage, nous n'y resterons pas !
Je profite du fait que je me retrouve seul avec les mongols pour goûter des beignets farcis aux divers viscères de mouton, nourriture qui leur est habituellement « réservée »... Ce n'est pas franchement mauvais, mais un ou deux au grand maximum et ça suffira ! Ils profitent de ce moment d'« intimité » pour toucher les poils... de mes bras ! Car ils ne comprennent pas ce phénomène ! Eux en sont dépourvus. Mais d'après les gestes de Gand, je crois saisir que pour les coucougnettes, on est à la même enseigne ! Gros éclats de rires et voilà Jamba qui arrive pour m'annoncer avec un grand sourire que tout est réglé pour le billet de Lhagva ! Elle sera certainement heureuse de ne pas avoir encore 20h de route à faire depuis Moron. De plus, d'après elle, le chef n'a pas payé de supplément pour nos nuits en cabanes. C'est prévu comme ça, qu'au retour elle rentre par voie de terre. Sauf qu'elle n'en était pas avisée...
Nous reprenons la route repus. La piste est sèche sur presque tout le parcours et malgré les fortes secousses continuelles, rien de particuliers à signaler.
Peu avant la tombée de la nuit (18h30), nous faisons arrêt dans un pseudo garage pour faire je ne sais quelle soudage à notre camionnette.
A peine repartis, nous nous arrêtons pour installer notre camp au bord d'une très jolie, petite rivière. Nous y montons les tentes et faisons un feu, histoire de nous réchauffer la moindre.
La nuit risque d'être très fraîche, vu la qualité de nos sacs de couchage prévus pour 11 degrés... Nous dormons à une altitude de 1600m.
Voici le plan pour ne pas mourir de froid :
Bas :
-> Grosses chaussettes en laine
-> Culottes thermos longues spéciales haute montagne
-> Pantalons de training
Haut :
-> Pull à manches longues thermo spécial haute montage
-> T-shirt
-> Pull à col roulé
-> Pull en laine
-> Veste de training
-> Veste polaire
-> Bonnet
-> Gants
Et une bonne dose de rigolade pour finir de se réchauffer avant de dormir ! La nuit passera comme si de rien n'était ou presque... malgré qu'à notre réveil le lendemain, dehors tout sera gelé !
25 aout 2009 (jour 13)
Départ sur les coups des 08h10, nous repassons le col emprunté à l'aller avec les dessins de Gengis Khan situé à 2000 mètres d'altitude.
Nous assistons au repas d'un loup et d'une nuée de vautours attablés à un veau mort. Jamba pense que c'est un chien loup.
Nous arriverons sain et sauf au bord d'un affluent de la Delgermoron à 13h40. Après 2 jours de voyage et environ 340 km de pistes.
Nos dos en ont vraiment marre ! Ce fut trop long. Nous somme lessivés et la faim nous tenaille. Le camp est planté dans une plaine située à seulement 15 minutes de Moron...
Je suis vraiment à plat. Après avoir rempli mon ventre, je vais faire une sieste à l'ombre du camion, car le soleil tape très fort. Une fois reposé, je monte une canne en nylon 22/100e, pour avoir un maximum de plaisir à pêcher les truites lenoks qui doivent peupler cet affluent de la Delgermoron passant à proximité du camp. Il n'est ni très large, ni très profond. La rivière principale passe un peu plus loin et il faut passer ce cours d'eau à gué pour la rejoindre.
Je rattrape Jean-Pierre qui a 5 minutes d'avance sur moi et qui c'est mis à explorer une petite fosse. Il a déjà capturé plusieurs truites !!! Bonne affaire ! Enfin une rivière mongole comme on les connait... A mon 6ème lancé : touche, grosse touche !!!! Le poisson me prend quelques mètres de fil et se cale au fond de la fosse. Il donne d'énormes coups de tête, qui tapent aussi fort que mon cœur ! Puis c'est le grand « clac » mon fil a cassé sec !!! J'enrage ! Quelques secondes après, un taïmen d'un bon mètre éclate la surface de l'eau et nous gratifie à plusieurs reprises de superbes sauts. Il secoue la tête comme un damné pour se débarrasser de la Vibrax no 4 noire à cloche verte qui le dérange ! Un poisson superbe, que je n'aurais jamais imaginé prendre dans ce petit cours d'eau.... J'enrage d'avoir monté du fil si fin. J'ai perdu ce qui était très certainement mon dernier taïmen du séjour. Il ne me reste plus que les yeux pour pleurer et les images dans ma tête de ce superbe combattant. La casse est certainement due au fait qu'une fois calé dans sa fosse, il s'est enroulé dans le fil et l'a sectionné avec ses branchies. Ce qui est classique chez ce poisson.
Nous ne touchons plus rien et décidons de remonter divers affluents ou bras (je ne sais pas vraiment...) de la Delgermoron qui se jettent les uns dans les autres. Nous y ferons une superbe pêche de truites et je ferai également un ombre. Mais du taïmen... nada. Nous rentrons au camp à la tombée de la nuit.
A notre arrivée, nous apprenons que pour des raisons inconnues, notre vol du matin est supprimé... ça en devient lassant ces problèmes d'avions depuis le début du séjour. Nous passerons également cette nuit sous la tente, mais cette fois, la température est agréable. Seule une odeur de pieds totalement insupportable viendra perturber notre passage dans les bras de Morphée, accompagné par nos habituels gros fous rires ! A la guerre comme à la guerre. Hé oui, on passe plusieurs jours sans douche ni WC.
26 aout 2009 (jour 14)
Nous mangeons notre dernier petit déjeuner en Mongolie, avec comme toujours les « fameux » beignets dégoulinants d'huile... C'est à ce moment que s'abat une pluie torrentielle sur nous... Le ciel doit être entrain de pleurer notre départ... Le repas est écourté et nous nous réfugions qui dans la tente, qui à l'abri dans un véhicule. A la fin de ce déluge, nous terminons de démonter le camp et de refaire nos bagages. Nous récupérons Julien qui a encore été pêcher une dernière fois, et départ en fin de matinée pour Moron, une ville qui ressemble plus à un bidonville et sans intérêt particulier.
Elle est en grande partie constituée de maisons en bois, cachées derrière des palissades de planches. A côté de leur demeure, dans le jardin, trône la yourte ! Souvenir d'une autre vie, pas si lointaine que ça... de nomades vivants dans la steppe au rythme de leur bétail.
Nous y arpentons le marché local qui est énorme. On y vend de la savonnette à la moto, en passant par les choux, les bottes et les étoffes. Mais je n'y trouve malheureusement pas de jolis pulls en cachemire.
Lagva ne sait plus où donner de la tête pour ne pas perdre une personne du groupe et elle a très peur que nous soyons victimes de pickpockets, qui parait-il pullulent ici. Pas de mauvaise rencontre, mais avec un bon téléobjectif, il y aurait eu de quoi faire un reportage entier avec des portraits sortants de l'ordinaire ! Ce marché était un spectacle à lui tout seul !
Nous allons dîner dans un restaurant mongol. Incroyable hasard, à côté du resto, je reconnais le domicile, où habite la famille à laquelle je veux remettre des photos ! Gand je ne sais de quelle manière, arrive à dégotter un des chauffeurs que nous avions lors de notre premier séjour. Apparemment, il fait partie de la famille ! Je lui remets les photos et nous nous quittons le sourire aux lèvres ! Mission accomplie !
Le départ de l'avion est à 18h30 et nous traînons à ne rien faire dans cette ville sans intérêt. Pour passer le temps, nous allons rendre visite à une famille (des connaissances à Gand).
Ensuite, nous partons pour l'aéroport et faisons le cœur serré, les adieux à nos merveilleux et si sympathiques chauffeurs.
Nous décollons avec une heure de retard et je me demande si la piste sera assez longue pour ce gros avion de ligne...
nous atterrissons sain et sauf à Ulan Battor à 20h30. Nous arrivons à l'hôtel à 21h40 et disons au revoir à Lagva, qui va rentrer chez elle. L'hôtel n'est pas super. La douche ne fonctionne pas et je dois me laver au robinet de la baignoire... Après un si long voyage, ça énerve sérieusement.... Y a une « bonne ambiance » en tout cas !
Nous avions rendez-vous à 22h15 pour aller manger. Mais le chauffeur est parti avec Patrice pour acheter des CD. Il n'avait pas pu les trouver cet après-midi avant notre arrivée comme c'était prévu, car les routes étaient bouclées pour la venue dans la capitale du président de la Russie.
Nous sommes planté là à attendre. On en a franchement un peu raz la patate. Nous sommes fatigués et avons faim ! Mais plus un seul resto n'est ouvert dans les alentours. A 23h00 ils arrivent enfin ! Ils ont également ma commande. Mais 5 CD au lieu des 3 demandés. Les supplémentaires sont de la musique traditionnelle mongole. Je n'aime pas particulièrement, contrairement à leurs chants traditionnels. Mais, ça partait d'un bon geste...
Heureusement dans notre malheur, un restaurant est réservé pour le groupe. Ce fut excellent ! Après le souper, tout le monde s'en va dormir sauf moi. Je vais boire deux ou trois bières avec le « manager » de l'agence au bar « le string ». Mais l'endroit a bien changé depuis ma dernière visite. Il y a toujours un concert, mais c'est noir de monde, pas mal de touristes européens et coréens, et tout le reste qui va avec. Je n'ai pas aimé l'ambiance. Nous rentrons en taxi à la fermeture de la boîte et je tombe dans les bras de Morphée à 03h15.
27 aout 2009 (jour 15)
Je me réveille à 06h00 avec un fort mal de tête. «Soir des lions... matin des couillons» comme dit le proverbe. Mais ce fut déjà pire... ! J'engloutis un café et départ pour l'aéroport. Jamba qui a eu des problèmes de cœur, n'est malheureusement pas là pour nous faire ses adieux. J'enregistre nos bagages jusqu'à Genève d'une traite et me rends compte que le numéro du vol entre Munich et Genève est faux. Le préposé au check-in me dit de ne pas me faire de soucis, que ça arrivera sans problème. Je ne suis qu'à demi rassuré... Par contre, chance inouïe pour la première fois, par je ne sais quel miracle, nous avons reçu deux places au milieu de l'avion ! On se croirait presque en first ! Quel bien ça peut faire d'étendre ses jambes !
Le vol part à l'heure, fait une escale à Moscou et arrive à Berlin sans encombre et dans les temps. Arrivé en Allemagne, je vais chercher nos boarding cards pour les 2 vols restants. Je vais m'enquérir de nos bagages, mais on me dit de ne pas m'inquiéter... ils arriveront de toute façon avec la prochaine correspondance pour Genève. L'employée me conseil tout de même de demander lors du transit à Munich, si les bagages ont suivis...
Sur ce, on va se taper un Burger King bien dégeulasse, mais qui nous change de nos beignets quotidiens. Dernier verre avec notre super équipe de pêcheurs et départ pour Munich. Arrivé dans cette ville, je me rends immédiatement au guichet de la porte d'embarquement. La préposée me répond que nos affaires ne sont pas à Munich... De plus, elle m'explique, qu'il n'y a pas seulement le numéro du vol qui et faux, mais également l'abréviation de Munich... Il est donc normal que nos bagages n'arrivent pas !!! Intérieurement ça bouillonne et nous nous demandons si nous les reverrons un jour...
Au moment de monter à bord, elle me dit qu'elle a encore regardé sur son PC, mais aucune trace. « Vos bagages galopent sûrement quelque part dans la steppe mongole...» Elle a de l'humour en plus, la jolie allemande.... ! On est plutôt furax et nous pensons aux milliers d'euros de matériel qui sont égarés quelque part en Mongolie ou Dieu sait où d'autre ! A notre arrivée en Suisse, par acquis de conscience, au lieu d'aller directement déclarer la perte de nos bagages, nous attendons bien sagement vers le tapis roulant. Un dernier espoir doit encore nous habiter... et là MIRACLE ! Nos deux sacs et le tube avec notre douzaine de cannes à pêche sont devant nous !!! Incroyable, mais vrai ! On n'y comprend rien, mais un énorme poids c'est envolé de nos cœurs ! Nous sommes fous de joie ! Ce voyage, malgré ses multiples péripéties, se termine finalement bien !
Mes parents sont venus nous accueillir et nous rentrons très fatigués, mais heureux. La tête remplie d'images merveilleuses de ce périple exceptionnel aux confins de la Mongolie. Jean-Pierre passera un mois à soigner ses intestins chahutés par les déplacements, et moi plusieurs semaines à me remettre à la culture européenne, son stress et sa vie de fou. Comme à chaque fois que je vais en Mongolie, je me dis que nous passons vraiment à côté de choses essentielles ici dans nos pays dits civilisés.
Ces nomades mongoles vivent vraiment en dehors du temps. Au rythme de leurs bêtes. Il est clair que ce n'est pas une vie facile tous les jours. Mais ils ont la chance inouïe d'être encore des hommes libres. Ce que nous ne sommes plus vraiment, je pense. Happé par notre style de vie, faite de compétition, de stress, de course au pouvoir et de réussite matériel.
Il est très difficile, même impossible de mettre des mots sur ce que j'ai ressenti et vu durant ce voyage. Ce fut de loin le plus dur de mes trois séjours en Mongolie. Mais ce fut également l'immersion dans une autre dimension. J'ai pu voir des paysages sublimes, peut-être les plus beaux de tous mes voyages. Les photos ne peuvent pas refléter l'entière beauté de ce que nos yeux ont vu ! Des montagnes et des steppes qui changeaient de couleurs au gré du déplacement du soleil dans le cosmos. Les rencontres avec des gens sortis de nulle part et qui repartaient au loin dans le néant après nous avoir fait leur plus beau sourire. Des instants magnifiques, partagés avec une équipe exceptionnelle. Ils resteront gravés pour toujours dans ma tête et dans mon cœur.
Par contre, malheureusement on ne voit ni les Tsaatans, ni leurs rennes. Ils vivent à plusieurs jours de cheval du camp. Donc, ne pas se faire d'illusions là-dessus. De plus, ce ne sont pas des rivières qui ont vu leurs premiers pêcheurs en 2009... peu pêchées serait un mot à mon avis plus approprié. Nous n'étions et de loin pas les premiers à fouler leurs rives. D'autres agences y sont déjà venues avant nous. Bien que cela ne doit pas vraiment influencer la réussite de la pêche dans ces contrées reculées.
Pour faire ce séjour, il faut être en excellente santé physique. Vous dire que la pêche peut être très aléatoire. Il faut aller à la Sharga dans l'optique d'attraper un poisson trophée, avec le risque de pêcher des heures sans rien prendre... (et je sais de quoi je parle !) A cinq pêcheurs en huit jours (toutes rivières confondues) le bilan en taïmens est quand même assez maigre : seize prises (2 Jean-Pierre, 2 André, 2 Patrice, 2 pour moi et 8 pour le champion Julien !). Julien Lajournade, Rédacteur en Chef du magazine Voyages de Pêche que je remercie en passant pour m'avoir prêté quelques très belles photos.
Il faut être mentalement prêt à vivre autre chose qu'un voyage 100 % pêche. Ce séjour est plus proche du voyage – aventure. D'ailleurs, je ne conseillerais pas ce circuit pour un premier voyage de pêche en Mongolie. Mais plutôt pour quelqu'un qui y a déjà été, et qui désire en plus de la pêche, connaître la Mongolie et ses habitants plus en profondeur. Il sera comblé pour autant qu'il fasse preuve d'un minimum d'ouverture d'esprit. Il pourra y vivre des instants uniques, et réfléchir si notre manière de vivre est vraiment la bonne ou si nous n'avons pas pris... une fausse piste ! C'est pour ces raisons, qu'un jour, mes pieds iront encore une fois fouler ces lointaines contrées. Avec le secret espoir de vous retrouver, vous mes amis mongols. Merci pour tous ces instants inoubliables que j'ai eu la chance de partager en votre compagnie.
On en parle ici sur le forum : http://www.pecheaubar.com/punbb/viewtopic.php?id=28305&p=1 N’ hésitez pas à poster vos commentaires.




































































































































































































